«EDF: le projet Hercule est inquiétant car nous n’en discernons pas de bonnes raisons». La tribune de Virginie Duby-Muller Virginie Duby-Muller. Le dépeçage D'EDF en cours, privatisation en cours de discussion ! Encore un fleuron et pas des moindres qui risque de tomber dans les escarcelles du privé ! Très inquiétant !

Publié le par Carolyonne89

Tribune libre
«EDF: le projet Hercule est inquiétant car nous n’en discernons pas de bonnes raisons». La tribune de Virginie Duby-Muller

 

« Les jeux financiers du président Macron menacent notre souveraineté », dénonce la députée de Haute-Savoie

Virginie Duby-Muller.

Virginie Duby-Muller.

 
© Sipa Press
 

Le projet du gouvernement baptisé Hercule prévoit une séparation entre le parc nucléaire existant d’EDF et une grande partie de ses activités liées aux énergies renouvelables, ainsi qu’une ouverture du capital de ces dernières. D’un côté, « EDF bleu », détenu à 100 % par l’Etat, regrouperait l’ensemble des activités nucléaires ainsi que le gestionnaire de réseau du transport d’électricité. De l’autre, « EDF vert » comprendrait les activités commerciales du groupe (la vente d’électricité au consommateur), le réseau de distribution Enedis et les énergies renouvelables. Elle serait contrôlée par l’Etat et ouverte aux capitaux privés, éventuellement en Bourse. Une troisième partie (azur) récupérerait les barrages hydroélectriques.

Ce projet réformerait en profondeur le fonctionnement d’EDF, un de nos fleurons français, et mérite un débat clair. Nous savons uniquement via la presse que le dossier ferait toujours l’objet de discussions entre le gouvernement et la Commission européenne. Circulez, il n’y a rien à voir !

S’il est évidemment nécessaire de revoir le mécanisme de rachat de l’électricité nucléaire, qui étouffe financièrement EDF, le projet Hercule est en l’état un démantèlement, en bonne et due forme, de notre producteur historique. A aucun moment, le gouvernement n’a expliqué l’intérêt d’une telle division des activités du groupe. Pourquoi séparer le nucléaire des autres énergies, alors que c’est bien leur complémentarité qui permettrait un mix énergétique efficace ? D’autant que cela pourrait se traduire par une nouvelle hausse des prix de l’électricité pour les Français !

Cette réforme mettrait aussi en péril le caractère public de la gestion de nos barrages hydroélectriques, et entraînerait un risque non négligeable de leur mise en concurrence. Enfin, ce dépeçage d’EDF suscite évidemment de grandes inquiétudes et contestations chez ses salariés, qui multiplient les mouvements de grève.

Bricolage. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est un nouveau dépeçage d’un fleuron industriel français, soutenu par le gouvernement dans un nouvel exercice de bricolage financier. Depuis 2017, le gouvernement prétend venir au chevet de l’industrie française, mais les dépeçages se multiplient, comme les chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, le dépeçage d’Alstom ou les déboires d’Ascoval. Après la privatisation d’Aéroports de Paris, aujourd’hui suspendue face à la crise (preuve qu’en termes de stabilité économique, ça n’était pas une si bonne idée !), après le soutien du gouvernement dans le démantèlement de Suez par Veolia, c’est un nouveau coup dur qui menace un de nos fleurons.

 

Soyons clairs : trop d’erreurs ont été commises au cours des dernières années, du fait de rapprochements industriels promettant monts et merveilles, imaginés dans les salons parisiens. Au final, c’est trop souvent l’emploi et les territoires qui se retrouvent inévitablement sacrifiés, avec des fermetures de sites et du chômage.

Un des enseignements de la crise sanitaire actuelle, c’est bien l’urgence de réduire notre dépendance industrielle et renforcer notre autonomie stratégique. Nous avons besoin d’une réflexion poussée sur les secteurs stratégiques à relocaliser, l’incapacité à produire suffisamment de tests ou d’appareils respiratoires n’étant qu’un terrible révélateur de notre dépendance industrielle.

Je suis évidemment attachée à la réussite industrielle de notre pays. Il ne s’agit pas ici de faire obstruction par principe. Les réformes et restructurations, difficiles, sont parfois nécessaires, et l’immobilisme n’est jamais une solution. Cependant, au cas d’espèce, le projet Hercule est inquiétant car nous n’en discernons pas de bonnes raisons. Avec un tel projet, la référence affichée au demi-dieu Hercule restera lettre morte, n’en portera que le nom, sans sa robustesse et sans sa force.

Virginie Duby-Muller est députée LR de Haute-Savoie.

 
 
 
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